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mardi 11 décembre 2018
   
Brèves
LA COMEDIE FRANCAISE :édition « Les Petites Formes » Eric Reinhardt
samedi 17 avril

L’ARGENT

Eric Reinhardt

« Leverage de quatre »

Le départ de cette pièce de théâtre, d’Eric Reinhardt, nous plonge dans le milieu boursier, les traders, élite minoritaire, s’offrant défis, risques, chiffres a l’appui, dont l’argent médium virtuel, dépasse les mathématiques pour atterrir en plein dans l’algèbre, «  L’algèbre de Boole des fonctions logiques permet de modéliser des raisonnements logiques, en exprimant un « état » en fonction de conditions. » Eric Reinhardt se servira du langage courant des gens de la bourse sans rien trahir de leur vocabulaire, restituant ainsi leur profil, et leur esprit formaté. L’écrivain n’a pas à épaissir l’importance des événements. Ce « jeu » boursier a commencé vers les années 80, suite à ce nouveau phénomène de société,une série de scandales financiers a suscité et excité les « médias ». Le scénario est le même et de ce qui est en jeu, la transgression du tabou le plus important : L’Argent. Ce leverage met en scène des personnages tirés de la réalité contemporaine, il nous est imposé par quatre « traders » assiégés. Les personnages vont à fur et à mesure du rythme donné par la menaçante foule qui cri à l’extérieur, incarner cette « faune » de l’élite boursière, Ils se préparent à partir, plutôt fuir, la démence crée par la démesure de ces opérations financières licites. Devrons selon, les stratégies propres a leurs natures à risques forcer le PDG a un dernier investissement, réalisant ainsi un dernier coup boursier, Malgré la réaction de ouvriers révoltés qui veulent a coup de hache rentrer dans leur maison. L’absurde s’installe, acclamé, les propositions de plus en plus « risquées » des transactions mirobolantes de ces traders font que la pièce prend une tournure classique, la peur, le danger, peut être la mort, une presque fin d’un monde, même si ce monde là est devenu virtuel, avec ces derniers réclameurs, s’exécutant a pile ou face, devant l’hôte obligé, le PDG, hésitant au début, finira par "chuté" dans le piège. Leverage Buy Out, ou rachat d’une société par une holding Compagny ; soutenu par des paris Killers... comique, pathétique, grotesque. Le récit d’ Eric Reinhardt est aussi le reflet d’une nouvelle face de notre société, et ses systèmes économiques,politiques, trame perverse,dont les traders, prototypes cyborgs,sont les « cerfs » de ces transactions autorisées, licites. Valeurs suprêmes en hausse : Le Pouvoir, la Réussite. L’écrivain nous a montré et décrit dans son roman « Cendrillon » un de meilleur livre de la Rentrée Littéraire 2007 ... Dans un chapitre de son livre, fait une descriptive minutieuse de l’univers des traders,en soulevant toutes les conséquences dut à l’ « effet de levier » " L’auteur décrit dans un récit haletant les laissés-pour-compte de la classe moyenne soumis aux extravagances et exigences de la mondialisation " Yves Simon. Funeste gageure : l’Argent et des risques énormes à subir Ils sont autorisés à utiliser tous les produits disponibles Ils sont autorisés à tous les produits dérivés Ils sont autorisés à tous les profits des capacités de « leverage » Ils sont autorisés aussi a utiliser toutes les capacités de « shorter » Désormais, David, Olivier, Alice, Anne Sophie et Bernard piégés, nos traders, allégrement euphoriques, traques, mais préservés par leurs folie, vont continuer ce jeu pyramidal, jusqu’ au noir absolu...le vide Et d’autres jeux, et enjeux verrons le jour, pour remplacer « Yours’ / ’Mine’ / ’Change’ / ’Your Risk’/ ’How now ?’ / ’Nothing here »

Tiphaine 18/avril/2010

Nouvelle brève
dimanche 19 avril
Toc Toc Toc Numéro 9 est sorti, à voir le sommaire, l’histoire...
Giordano Bruno brûlé vif par le concile en 1600, qui revendique la Nature contre l’Esprit pur d’un Novalis métaphysique,
lundi 13 novembre
Hors des contextes des dogmes, des normes, qui rêvent de métamorphoses et des pluralités, des mondes, des corps célestes et autres. Giordano Bruno brûlé vif par le concile en 1600, qui revendique la Nature contre l’Esprit pur d’un Novalis métaphysique, qui fera la parodie de l’enseignement des répétitions, contre le discours du père, de la mère, et son pouvoir qui lui vient de la détention de la langue maternelle, entre le discours et l’imitation, pouvoir plus diffus. Sade contre la Famille, contre la reproduction, emprisonné a la Bastille. Et d’ autres penseurs politiques, comme Karl Marx dont le réel, le temps, l’espace seraient « le terrain » d’une des réalités possibles. Nietzsche praticien- philosophe contre les humiliations du travail, sans plaisir. Discours impurs, sublimes et tragiques, destinées solitaires, êtres vecteur des intensités décelées, rapports de serre envers la Nature, serait ce ces êtres qui rentreraient dans les rangées des Artistes-Philosophes. Leonardo da Vinci praticien expérimentateur, créateur de machines, d’accessoires mécaniques, chirurgien spontané des dissections anatomiques, créateur pluriel, qui se complut aux plus hasardeuses recherches, dans sa monstrueuse ambition intellectuelle. Il manipule, scalpe, et se roue, sur le plus grave, le paradigme de l’homme. La Philosophie et L’Art. Le désir de connaissance, la Connaissance par le désir, nouveau concept de l’Absolu. Attitude de l’artiste nouveau. L’Oeuvre est liée à la Vie, et la gestation des œuvres tantôt refluant violemment ou bien conçues laborieusement, sont éjectées par la source primordiale, LA VIE.
Grigory : une énigme
mercredi 23 août

Nous ne pouvons pas ne pas parler du génie mathématicien russe : Grigory Perelman. "Il a donné les clés de la conjecture de Poincaré" C’est bon on a compris, pas de la même planète... Qui est donc cet être, rare, inhabituel, avare de sa personne, qui rechigne, qui refuse des prix aussi fabuleux que « La Cley Mathématics Institue » . Selon certaines nouvelles de la presse, il paraîtrait, de caractère solitaire, promeneur, hors du monde, la (sa) solution à l’énigme Poicarré ... plus de 100 des meilleurs mathématiciens de ce monde se sont mis à recoller les morceaux éparts laissés par un cerveau hors du commun, ils ont voulu retrouver les étapes que le Monsieur n’avait pas voulu écrire, style trop facile, maintenant il va falloir qu’ils trouvent déjà une unité à l’ensemble de l’oeuvre en gestation avancée de ce mathématicien « non professionnel » pour tenter de le comprendre, heureusement Grigory Perelman sera déjà loin, perdu dans ses mathématiques faites de concepts que lui maîtrise absoluement, pour nous c’est lui l’énigme, y’a beaucoup d’inconnues, merci Mister, jongles encore avec la topologie, avec les boules pleines ou creuses, c’est déjà ça de pris pour nous, simples humains.

La Luciole

Bienvenue Marius
jeudi 9 février
Aujourd’hui 6.2.06 à 11 heures 40 minutes, une amie Frankie a mis un enfant au monde, sur la planète Terre, bienvenue Marius, son père Damien a dit de lui qu’il était si plissé qu’il ressemblait à un chien chinois, moi j’ai dit plutôt une chenille, plissée. Marius, quand tu auras l’age de raison, je te lirais Gilles Deleuze, pour la question plis, il a dit aussi que la lumière le dérangait, je te lirais la nostalgie de la lumière de Michel Cassé astronome de l’invisible, nous allons beaucoup nous amuser... que sera t’il advenue de l’eau ? de l’air ? du lait ? la planète Terre va mal..... aurons nous trouvé des solutions, serons nous plus conscient et plus respectueux de cette magnifique planète ?
Sur le Web
Fernando Arrabal
overview on Fernando Arrabal’s life and work. Le site officiel du grand Fernando Arrabal, ami et collaborateur pour notre revue Toc Toc Toc.
La Luciole Electrique
Le site de la Luciole un de nos collabarateurs à la revue Toc Toc Toc. C’est pas parce que l’on a rien à dire qu’il faut pas le faire savoir. Tout un programme...
Au nom de tous ceux que j’aime
Le site de Dominique Durok, à consommer sans modération.
Dominique Cros
Site de Dominique Cros, artiste photographe. Un très beau site à découvrir ou à revisiter. Une grande photographe.
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Site de l’espace Tiphaine (ancien site du Groupe Tiphaine).
Gérald Thupinier : Constat à l’amiable
jeudi 29 octobre 2009
par Administrateur- tiphaine

« L’art est une vaste histoire de chaque instant ». Philippe Sollers, Picasso le héros, in Eloge de l’infini

« Quand être absolument moderne" est devenu une loi spéciale proclamée par le tyran, ce que l’honnête esclave craint plus que tout, c’est que l’on puisse le soupçonner d’être passéiste ». Guy Débord, Panégyrique, tome premier

J’arrive à un âge où il vaut mieux ne pas laisser subsister le moindre malentendu. C’est dans une rue bien étrange où personne n’habite, puisqu’elle ne possède aucune entrée d’immeuble, que m’est apparue l’énormité du malentendu que je voudrais dissiper ici. Donc, un matin, arrêté au feu rouge de la rue Docteur Ciaudo, je regarde en face de moi le musée. Ce n’était pas la première fois que je me trouvais dans cette situation, mais ce matin-là l’évidence s’imposa. Sur la façade on peut lire : musée d’art moderne et d’art contemporain. Et alors ? J’y viens. On aurait pu écrire : musée d’art moderne et contemporain, ce qui aurait signifié que le temps passe, que le contemporain, un jour, cèdera la place à plus récent que lui. Non, il est bien écrit : musée d’art moderne et d’art contemporain. Comme si la différence n’était pas de degré mais de nature, à l’instar de ces autres lieux spécialisés qui indiquent sur leurs portes : hommes/ dames, pour nous éviter une situation embarrassante. Ne voulant pas me tromper de porte, je me définis comme un artiste moderne, résolument moderne. A tel point que l’expression « art moderne » me semble relever du pléonasme, alors que celle d’« art contemporain » ferait plutôt dans l’oxymoron. L’art est inactuel ou n’est pas. Voilà ce que je voudrais affirmer ici. Je sais bien que dans « moderne » il Y a« mode » et que, de ce point de vue, la situation contemporaine ne serait que l’achèvement caricatural d’une vieille histoire. Je persiste à défendre une autre définition de la modernité, celle de Benjamin : arracher la tradition au conformisme ; celle d’Ezra Pound : « remettre à neuf » ; celle de Cézanne : faire du Poussin sur nature. Bref, l’art est moderne parce que son but, essentiellement, consiste dans la résurrection d’œuvres comme autant« de serrures qui ferment mal sur l’infini » (Aragon). Seul ce constat permet de comprendre l’impérieuse nécessité de produire une forme nouvelle dont la finalité première n’est pas de faire du nouveau pour le nouveau. Je résume. L’art est nécessairement moderne, c’est-à-dire inactuel. Vous trouvez ça contradictoire ? Vous avez raison ! C’est absolument paradoxal. Regardez une sculpture de Giacometti : en elle se condense toute la mémoire du monde. Vous ne le voyez pas ? Vous ne le sentez pas ? Faites autre chose, ce ne sont pas les activités qui manquent. Le mot« contemporain » pertinent pour qualifier les résultats d’artistes vivants a pris, depuis les années soixante, le sens d’un coup de force idéologique (Ia« loi spéciale proclamée par le tyran » de Débord) en s’acharnant dans le refus de la mémoire, du temps et de l’histoire. Pas étonnant que ce coup de force soit venu des Etats-Unis. J’y reviendrai. Avec l’effondrement des avant-gardes, l’art se trouve autant dans l’impossibilité de se percevoir comme la transformation d’une histoire que dans celle de proposer un projet. Du passé il a fait table rase, pour l’utopie il n’a plus de désir. L’art, totalement englué dans le présent s’épuise à en être le reflet comique, grimaçant ou désespéré, mais toujours réactif Il est, au sens propre, contemporain en réagissant à l’actualité, en se plaçant sur le même terrain que les médias sans faire preuve d’autant d’innovations qu’eux. Dans le face-à-face entre l’art et la publicité, la publicité gagne. Lorsque l’art imite le marketing, il devient du marketing donnant de la valeur à ce qui n’en a pas. Beaucoup d’œuvres aujourd’hui ressemblent à ces produits allégés qui s’étalent dans les « rayons frais » de nos supermarchés : l’emballage pour attirer l’œil a coûté trois fois plus cher que son contenu. Si cette idée ne vous a jamais effleuré à Venise, à la Dokumenta ou à la Villa Arson, soyez heureux, simples d’esprit, le royaume des cieux et la D.A.P. vous sont promis. Tout le monde voit bien qu’ Oliviero Toscani bat par K.-O. Jeff Koons et Damien Hirst. Tout le monde constate que la publicité et le marketing tirent parti des inventions de l’art du vingtième siècle pour faire de la bonne publicité et du marketing efficace. L’inverse n’est pas vrai, l’art s’annule en quittant son terrain. Cette situation s’est aggravée à partir des années quatre-vingt. Mais dès les années soixante l’art se donnait pour programme la transgression de la notion d’œuvre. Cet héritage duchampien constitue le cœur du monde de l’art officiel et cimente son consensus. L’œuvre culbutée par un urinoir passera du statut de question métaphysique à celui de certitude idéologique, autrement dit du moderne au contemporain. Entreprise de décervelage historiquement liée à l’hégémonie américaine. Les Etats-Unis sont la civilisation de l’espace. Le temps les gêne, le temps c’est de l’argent et rien d’autre, sinon c’est une perte de temps. Il fallait donc se débarrasser de la temporalité de l’art :

1- Muséifier au plus vite les grands abstraits américains. Peinture inouïe et sublime qui fait œuvre en présentant l’espace comme du temps parcouru, imaginé, rêvé, inscrit in-fi-ni-ment. Justement, trop influencée par le vieux continent, trop de couches temporelles : Newman, Rothko, Pollock ne bougez plus, on vous surveille !

2- Produire un art purement américain, capable d’oublier l’Europe. Le Pop Art ? Pas mal, mais encore trop de références. Vous n’auriez pas quelque chose qui ne transpire pas, quelque chose de propre ? L’art minimal ? L’art conceptuel ? Voilà ! Ça c’est de l’amer¬loque puritain comme on l’aime, des œuvres devant lesquelles vous ne risquez pas une érection intempestive ni une crise aiguë de métaphysique. Merci pour le plan Marshall culturel dont le dernier acte peut se voir à l’Eurodisneyart de Bilbao (je ne vise pas l’architecture).

Vous voulez une ligne de démarcation claire et nette entre le moderne et le contemporain ? Le désœuvrement, l’inflation de l’ego et le triomphe de l’argent.

Transgresser la notion d’ œuvre, refuser que quelque chose comme un contenu ne fasse écran entre l’ œuvre et le regardeur (censé faire le tableau, je vous le rappelle), vider l’œuvre de tout ce qui empêche la société de se regarder elle-même, voilà l’essentiel. L’art s’autodétruit joyeusement, tristement, tragiquement en se définissant comme reflet du social. Dans l’ œuvre désœuvrée on ne contemple plus Dieu, on ne tente plus de comprendre l’énigme de l’humain, on n’admire plus l’histoire de l’art. Dans l’œuvre désœuvrée la société se contemple elle-même. L’art contemporain est un reality-show, rien d’autre. Dans les années soixante, ce reflet passait pour contestataire (guerre du Vietnam, combat des femmes, des homosexuels...).

Face à la crise du futur des années quatre-vingt, l’art devient cynique look Canal+. Dernière nouvelle qui vient de nous parvenir : la concurrence sera très dure avec Loft Story et autres spectacles masturbatoires.

Vider l’œuvre de tout contenu afin d’assurer la transparence de la communication, voilà qui explique pourquoi l’art contemporain se joue essentiellement comme transgression autour de deux axes : tout est art et tout le monde est artiste. Plus de distinction entre art et non-art. A partir du moment où vous respectez ce programme, vous pouvez vous mettre dans la file d’attente, votre tour viendra. Peinture, anti-peinture, nouvelles technologies, bricolages, tout passera s’il y a désœuvrement. Tout vous sera refusé s’il y a œuvre, c’est-à-dire un sujet qui s’adresse à l’autre comme singularité. Attention danger ! Émotion, sujet, extase métaphysique, singularité, tout cela est absolument ré-actionnaire. Tenez-vous le pour dit !

Plus de sujets, tous egos. L’œuvre se vide de tout contenu pour se remplir de l’artiste. Nous voilà loin de Flaubert qui ne manquait pas d’humour : « l’artiste doit être dans son œuvre comme Dieu dans sa création, invisible et tout-puissant, qu’on le sente partout mais qu’on ne le voie pas ». L’art contemporain ? Des egos pleins de leur auto-suffisance manipulant des formes vides ! L’ artiste aujourd’hui ? Une boule d’énergie qui doit trouver sa petite idée originale tous les matins. Son modèle ? Cézanne " ? Picasso ? Rothko ? Non, Bernard Tapie ! "

L’avant-garde, c’était la volonté d’autonomie des artistes affirmée dans les œuvres, démontrée par les œuvres. Eux seuls décidaient de l’art, envers et contre tous. Qui profite de l’art aujourd’hui ? Les élus ! En plus d’inaugurer les chrysanthèmes, ils se voient contraints par leurs conseillers en communication à faire la tournée des vernissages. Qui décide de l’art aujourd’hui ? Le marché et ses fonctionnaires ! Arrêtez de vous raconter des histoires, la seule preuve de l’importance d’un artiste, c’est l’argent. Dis-moi combien tu coûtes, je te dirai qui tu es. Les têtes de séries ? Ceux qui flirtent avec le million de dollars en vente publique (je parle toujours des artistes vivants).

Les récentes enchères autour des manuscrits originaux de quelques grands écrivains (Kafka, Céline, Kerouac) ont atteint des sommes extravagantes, douze millions de francs, seize millions... Tout cela paraît absurde, mais j’y vois aussi un réflexe de survie face aux ventes de l’art contemporain. On paie très cher un objet qui possède un contenu, un corps inscrit, une vérité, plutôt que le dérisoire d’une panthère rose ou autres farces et attrapes pour nihilistes militants. Réflexe de survie ? Sûrement illusoire car, tout compte fait, l’argent ne donne de valeur qu’à lui-même puisqu’il égalise tout et réduit au même dénominateur des choses radicalement différentes.

Comment ça je ne comprends rien à l’art contemporain ? Comment ça je suis dépassé, has been, bon à jeter ? Quoi ? Je ne devrais pas exposer au Mamac mais au musée d’archéologie ? Qu’est-ce que vous dites ? Je refuse quoi ? La désacralisation de l’art ? Vous avez raison. Le point commun de toutes ces démarches se trouve dans la volonté de nier la moindre valeur intrinsèque à l’œuvre, interprétation traditionnelle de l’urinoir de Marcel. Nous sommes d’accord sur notre désaccord.

Vous avez l’air si sûr de vous avec cette pâle imitation de Duchamp que vous présentez en guise de livret de famille. Désacraliser, dites-vous ? Mais il n’avait pas échappé à Duchamp que l’image fait apparaître ce qui n’est pas autant qu’elle déréalise ce qui est. Il savait bien que l’image est toujours la présence d’une absence, qu’elle reçoit la même définition que le sacré précisément parce qu’elle ne l’illustre pas (elle n’est pas la forme d’un contenu) mais qu’elle l’invente plutôt, le fabrique inévitablement, que c’est congénital. D’où une question : que se passe-t-il dans une société qui double le moindre de ses évènements avec des images produites en continu par la technique ? Cette question pouvait être anticipée en regardant des photos et des films. Elle est devenue incontournable avec l’installation de la télévision dans tous les foyers à partir des années soixante. Syllogisme : toutes les images produisent du sacré, la technique produit des images, donc... Nous voilà revenus à l’archaïque, au magico-religieux : plus de différence entre la copie et le modèle. Des algorithmes rythment les images de la technique qui font voler en éclats le monde et le déréalisent. La réalité est une fuite discontinue d’images et le sujet un embouteillage de désirs à satisfaire. C’est à ça qu’il faut répondre.

Je me revendique moderne plutôt que contemporain, parce que je refuse que l’art se donne pour finalité sa propre dissolution (tout le monde est artiste, tout est art). Filliou avait bien raison de dire que l’art rend la vie plus intéressante que l’art. Mais la philosophie rend également la vie plus intéressante que la philosophie et la science... que la science. Doit-on pour autant déclarer tout le monde savant ?

Vieille histoire qu’Arthur Cravan avait bien perçue dès le début du vingtième siècle : « dans la rue, on ne verra bientôt plus que des artistes et l’on aura toutes les peines du monde à y découvrir un homme ». On peut considérer que notre société, dans laquelle chacun commence ses phrases par « moi-je », a réalisé ce programme.

Quoi encore ? Je suis quoi ? Élitiste ? Vous avez dit élitiste ? Oui, j’en conviens. Vous trouvez ça scandaleux ? C’est votre problème. Mais peut-être confondez-vous élitisme vertical et horizontal ? Je vous rappelle que la démocratie c’est le combat permanent contre l’élitisme des riches, des puissants, des bien-nés. Mais c’est surtout son remplacement par un élitisme horizontal : donner à tous ceux qui le désirent et qui sont prêts à y consacrer des efforts la possibilité d’apprendre. Oui, l’art a besoin d’un public cultivé et volontaire, capable de dialoguer avec les œuvres, y compris de manière conflictuelle. Non, l’art n’est pas un divertissement pour le dimanche après-midi, caméscope en bandoulière ! Non, non, je vous l’assure, on ne va pas au musée pour s’é-cla-ter. Pour ça, il y a la plage et les discothèques.

Vous pensez que j’exagère, que j’en fais trop ? Passéiste ? Rappelez-vous la citation de Débord ! Allez, on se calme. Une petite introspection de temps en temps ça n’a jamais fait de mal à personne, vous savez Pascal, la chambre, l’heure au strict minimum et tout le toutim... Vous n’allez pas me dire que cela ne vous est jamais arrivé, à Venise, à la Dokumenta, au Mamco ou en consultant la liste des achats des ER.A.c., de vous questionner sur le vide abyssal de certaines démarches. Ne me dites pas le contraire, vous savez que je vous connais bien, cela fait plus de vingt ans qu’on se croise, qu’on papote, qu’on se fait des confidences, chers artistes, marchands, collectionneurs, conservateurs en titre ou pas, critiques et autres somnambules. Vous le savez tous que, pour remplir tous les musées, toutes les galeries, tous les centres d’art, toutes les expositions qui échappent à ces lieux institutionnels, il faut fournir des artistes à la pelle, qu’on nous les fabrique en batterie, en cinq ans maximum, à coup d’hormones à l’ego, qu’ils nous sont livrés chaque année, prêts à l’emploi, en tenue Thierry Ardisson.

Pourquoi cette inflation d’œuvres, d’artistes, d’expositions ? Ce n’est tout de même pas pour créer des emplois ? Quoique... On arrive vite à quelques centaines de milliers si on compte tous ceux qui sont concernés, de près ou de loin, par l’art. Il doit y avoir autre chose de plus profond, de plus caché, de plus honteux peut -être ? Mais ce qui a besoin de se cacher le fait souvent à la surface des choses. Posons donc directement la question aux responsables de cette surproduction, aux directeurs de ERAC. et de centres d’art, aux étoiles filantes de la DAP., venues d’une fonction anciennement désirée et en train de décoller pour un poste récemment convoi¬té. C’est quoi leur réponse ? Que les conservateurs du début du vingtième siècle ont tout raté, le fauvisme, le cubisme, après que leurs aînés aient raté l’impressionnisme. Eux ne laisseront rien leur échapper ! D’où l’idée de ratisser large. Mais comme ils ont mis au point cette stratégie imparable qui consiste à fabriquer l’art qu’ils sont censés découvrir, ils finissent par ressembler à ces chasseurs tirant un faisan d’élevage lâché la veille de l’ouverture.

Allons mesdames et messieurs, ne méprisez pas vosamés, vous ne valez pas mieux. Savez-vous qu’il n’y a pas si longtemps des jeunes gens ont pris la peine de taper à l’ordinateur, sous un autre nom, les Illuminations de Rimbaud pour les envoyer aux éditeurs comme un simple manuscrit de poète contemporain. Que croyez-vous qu’il arriva ? Tous les éditeurs ont gentiment répondu qu’ils avaient reçu le texte, qu’ils en avaient pris connaissance, qu’ils l’avaient trouvé intéressant mais que, malheureusement, il ne pouvait pas s’insérer dans leurs collections. C’est comme je vous le dis !

L’art, né bien avant les artistes (à Lascaux, au Fayoum...), a paru heureux d’en rencontrer à partir de Giotto suivi d’un certain nombre d’autres extatiques. Mais des artistes sans art, ce qui semblerait être notre situation depuis quelques temps, sont comme des gens dans un vaisseau de l’espace qui ne pourraient se raccrocher à rien d’autre qu’à eux-mêmes en régime d’apesanteur. La chute risque d’être brutale lorsqu’on rétablira la pression atmosphérique. Bref, l’art peut se passer des artistes, les artistes, eux, ne peuvent pas se passer de l’art. Si l’art disparaît, même provisoirement, il ne reste que des menteurs traitant de menteurs des menteurs.

Qu’est-ce qu’une œuvre ? Difficile de lancer ce débat ici. Mais enfin, rappelez-vous cette puissance d’étonnement qui vous a saisis, envahis, débordés lorsque vous avez entendu, lu, vu un de ces événements qu’on appelle une œuvre. Il vous est bien apparu que, sans cette rencontre, il manquerait quelque chose d’essentiel à votre vie. Vous étiez bien prêts, sans y penser particulièrement, à accorder à cet événement la définition que Voltaire donnait de Dieu : s’il n’existait pas, il faudrait l’inventer. Or, n’est-il pas vrai que nous passons notre vie, aujourd’hui, à lire, voir et entendre des propos d’egos, parfois amusants et subtils, mais ne passant pas le seuil de la nécessité ? En clair, on nous submerge de choses qui ne nous feraient absolument pas défaut si elles n’étaient pas venues égayer nos loisirs.

Que se passe-t-il ? Peut-être se passe-t-il que l’art, comme mise en formes de notre rapport à l’infini, c’est fini ! Peut-être que notre relation à l’infini a changé de mode d’apparition. Par exemple, quelqu’un vous dit : « chaque seconde, soixante-cinq milliards de neutrinos, venus du soleil, inondent chaque centimètre carré de votre peau », ça vous... N’est -ce pas ? Physique des particules, astrophysique, génétique... ça sera dur de faire le poids avec cette galerie des glaces dans laquelle notre société, après avoir longtemps regardé son nombril, finit par admirer le trou de son cul, ce qui est, convenez-en, un peu court comme rapport à l’infini. Disons que ça nous laisse des œuvres « envahies, oui, mais de vide » (Catherine Millet, La vie sexuelle de Catherine M.).

Dans une interview au journal des Arts (nO126, avril/mai 2001), Jean-Christophe Amman parle de la nécessité de « considérer le temps comme une substance ». Magnifique définition de la peinture. C’est le geste de Cézanne quand il déclare vouloir faire du Poussin sur nature : ressusciter le travail de Poussin pour qu’il aille travailler dans le travail de Cézanne, lequel ira travailler dans celui de Picasso ou de Matisse. Oui, le temps est une substance sainte et victorieuse. Oui, l’art est la mise en formes de notre relation à l’infini. Lisez Sollers, il vous l’expliquera. Regardez Cézanne, regardez sa touche comme acte de construction d’un tableau qui expose la pulsation par où le monde disparaît/ apparaît. Cézanne ou la nature à l’œuvre, fragment de seconde après fragment de seconde. Cézanne ou le monde aveuglé qui s’entr’aperçoit dans l’instant coloré.

Qu’est-ce qu’une peinture ? Moderne ? Évidemment, il n’y en a pas d’autres. Le dialogue d’un sujet avec le monde, l’instant choisi par un sujet pour disparaître dans ce dialogue avec le monde, le monde qui se retire de lui-même pour s’exposer en matières colorées. Oui, je sais, on dirait encore du Cézanne, mais ça fonctionne aussi pour Giotto et Mondrian, Caravage et Picasso, Rembrandt et Giacometti, Fra Angelico et Rothko...

Dans les œuvres contemporaines, y compris peintes, on a l’impression que les voix du monde sont recouvertes par le monologue du sujet qui, pour cette raison, a de plus en plus de mal à se percevoir comme tel. Crise du sujet et tout-à-I’ego, comme le dit José Arthur ce grand spécialiste de la question...

De l’autre côté de l’Atlantique, Monsieur Magasin et Madame Magazine nous annoncent, dans le New York Times, la naissance de leur petit Andy. Depuis le monde nous échappe. Klein le rencontre de plein fouet, il est bleu, très très bleu, mais il le perd et se retrouve tout seul comme un con à dire « moi-je ». Laib, plus prudent, le ramasse grain par grain pendant de longues heures, il est jaune, intensément jaune mais trop volatile, il faut l’enfermer dans des bocaux. C’est pas une vie. Beuys, conscient du problème, a voulu planter des arbres partout, mais les chênes n’ont pas supporté qu’on leur inflige un gilet de pêcheur avec un chapeau, mauvais pour la photosynthèse.

Désormais, le monde a décidé de n’apparaître que dans les équations totalement incompréhensibles d’un ou deux physiciens. Les nouvelles n’allant pas aussi vite qu’il serait souhaitable, on continue la fabrication d’artistes qui ont de plus en plus de mal à nous faire admettre la différence entre « moi, personnellement, je... » et « personnellement, moi, je... ». Ça vous fait rire ? Pas moi : « qu’ils péris¬sent, qu’ils se fanent dans la nuit du silence où de vagues histrions grimacent sans douleur le semblant des douleurs humaines » (Aragon, Le paysan de Paris, 1926).

Post -scriptum 1

Il est peu habituel qu’un artiste écrive le texte de son catalogue au lieu d’en confier la rédaction à un critique plus ou moins professionnel. Il est encore plus rare qu’il fasse une colère froide contre l’art contemporain alors que son dernier bulletin de santé reste assez encourageant. On pourrait même le trouver culotté de stigmatiser ainsi l’ego des artistes du jour dans le tex(e de son catalogue pour son exposition dans laquelle on trouvera un certain nombre de tableaux qui ne peuvent pas ne pas être des autoportraits !

Alors quoi ? Précisément, chers amis, là où l’ego se donne en spectacle, le sujet s’expose. Là où l’ego dit « moi-je », le sujet répond « nous-autres », non par majesté mais par conscience aiguë de sa singulière pluralité. Là où l’ego est prêt à vendre une âme qu’il n’a pas contre la moindre flatterie et un chèque conséquent, le sujet, à son corps défendant, crie sa solitude.

Post-scriptum 2

Encore une petite chose. Difficile aujourd’hui de porter une critique, même minime, contre l’art contemporain, ses institutions, sa langue de bois, etc., sans recevoir immédiatement ce revers lifté : « attention à l’aigreur ». Ce n’est pas sans rappeler une autre époque où la plus petite allusion au goulag vous cataloguait d’intello-petit-bourgeois, voire de traître-au-service-de... Je confesse donc une certaine aigreur lorsque je vois la médiocrité occuper la place de l’intelligence, la bêtise celle de la beauté (non, vous ne rêvez pas, j’ai bien écrit de-Ia-beauté) ou lorsque j’entends le réquisitoire du mensonge contre la vérité.

Mais pour le reste, mesdames et messieurs les menteurs, attendez que le réveil sonne et il sonnera. N’imaginez pas votre place si désirable, elle ne repose sur rien. Vous n’avez pas conquis mais trouvé une place vide. Ce n’est pas ma conception de l’art qui est dépassée ni la vôtre qui triomphe, mais l’art qui nous quitte. Précipitez-vous de finir sa carcasse, il ne reste déjà plus que des rognures. Le monde s’en remettra, s’en est remis, s’en est allé se faire voir ailleurs. « Au-delà du spectacle » dites-vous... Pour finir et par goût de la symétrie je précise que Débord savait bien, lui l’expert en « faux sans réplique », que « le grand art, autrement dit la grande vérité, ça parle, ça se mesure à la mort » (Philippe Sollers, On n’a encore rien vu, in Improvisations).

Gérald Thupinier