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Dernière mise à jour :
lundi 29 janvier 2018
   
Brèves
Toc Toc Toc 15 version électronique est en ligne...
dimanche 3 février
L’édition électronique de la revue Toc Toc Toc 15 est en ligne, son thème est le rire. Bonne lecture.
Toc Toc Toc 16 est paru
vendredi 25 janvier
Le numero 16 de la revue Toc Toc Toc vient de sortir. Lire la suite.
Toc Toc Toc 15 : Le Rire ... pas si simple ....
lundi 5 novembre
Nous voila en plein dans le numéro 15 de notre revue toc toc toc. Pour le dossier du rire une classifications par ordre chronologique, s’imposé, mais quand nous sommes tombes sur la phrase de NIETZSCHE « citation...je ferait une classif des philosophes par le rire...... Donc avec cette référence en tete nous nous sommes lancés dans le RIRE.Parmi les auteurs qui ont donné mauvaise réputation au rire, et ceux qui sont centré leurs recherche philosophique autour du RIRE... et a partir de là : presque simple, sinon que les penseurs choisit sont parfois en contradiction avec leurs idées déjà très complexes, et chacun voulant être le premier a avoir découvert le contenu du rire, presque tous sous influence des anciens philosophes comme Aristote, doctrines et concepts, se chevauchent, lui-même influencé par Cicéron...il a trois livres : de l’Oratore, de L’ELOQUENCE et la Rhétorique, il existent aussi des citations, des proverbes, des lettres « apocryphes », (Hypocrates à Démocrite selon les uns , des bouts des traités, des pièces de théâtre , Aristophane génial défenseurs de la libre pensée... Un chaos, innombrable dans lequel nous nous sommes débattus, entre Démocrite, philosophe dont le rire était avant l’heure presque thérapeutique, les traités des médecins assez nombreux, Joubert, etc.. Nous qui nous sommes pas ni philosophes, ni des penseurs, et avec pour tout bagage l’enthousiasme et la curiosité, pour le Thème sacré du RIRE, arborant un discours « plus qu’impure », selon Vuarnet.. bref, des « irresponsables » Notre seul secours a été en premier lieu Descartes ,lui scientifique et savant, faisant table rase de tout, analyse, et nous fait sentir et ressentir avec son mécanicisme le sensible dans le rire : l’admiration. Dans « Les passions de l’âme » Hobbes prendra, empreintant aux anciens et a Descartes (qu’il traduira),admiration, haine, mépris, et « gloire soudaine » empreint a Quintilien, se voulant l’unique détenteur de touts les sentiments contenu dans le RIRE, Baudelaire et son RIRE satanique, le critique sévèrement,et soutien que : ses idées sont les idées de Quintilien et de Cicéron. Et puis il y a Bergson les uns aiment les autres le traitent de « barbant méticuleux ». Enfin Rabelais dans son Gargantua...nous fait rire le divin philistin, visionneur,messager pédagogique. Le fil de Nietzsche nous conduit vers les deux versants de cette expression appelé RIRE , les rhétoriques, convaincus de leurs propre sérieux et influencés par Aristote, « le rire est le propre de l’homme », mais quel est le contenu du RIRE, ? jugement sur les faiblesses humaines, mépris, orgueil, vanité ?. Non Il y a d’autres noms qui forcerons et clarifierons le RIRE ...comme plaisir, désir, bonheur...l’autre vie, la vie légère de Spinoza, a Voltaire, Deleuze, Ionesco, Arrabal, Perec, Queneau, etc.
Toc Toc Toc 15 est paru
jeudi 25 octobre
Toc Toc Toc 15 est paru, son thème est le rire. Le sommaire est en ligne.
Toc Toc Toc 15 en cours...
mercredi 10 octobre
Le numéro 15 de la revue Toc Toc Toc va paraitre, son thème Le Rire, un thème difficile mais au combien passionnant. Sortie prévue le 15 Octobre.
Textes comptemporains
Nique la liberté
Martial Jalabert
samedi 18 novembre 2006

Nique la liberté

Le bonjour d’Albert

Albert Jacquard rappelait récemment que les lois générales de la physique font qu’une étoile ne peut pas faire autre chose que ce qu’elle fait. Humaniste convaincu et militant, illustration (fantasmatique ?) de ce que pourrait être un homme libre dans la société moderne, il ne disait bien sûr pas ça pour embêter les poètes. La merveilleuse étoile reste merveilleuse ; elle n’est pas fantasque, un point c’est tout. Elle exécute. Même pas. Elle se fait " exécuter ". Elle participe sans moufter au perpetuum mobile. Pas d’initiatives. Pas une once de liberté.
De la même façon, le chêne ne peut que s’élever droit vers le ciel si rien ne vient le contrarier. Il subit l’impérialisme des lois de la nature et des aléas multiples. Il n’est pas libre de sa destinée. Il n’est pas même équipé d’une machine cérébrale pour la conscientiser. Si les conditions sont réunies pour qu’il pousse, il pousse. Sinon, rien. Même pas le droit de grève ni les congés payés. Aucu... ! Aucu... ! Aucune liberté  ! Le déterminisme est total chez le minéral et le végétal.

En ce qui concerne le règne animal, même en ne retenant que les espèces dites " évoluées ", la situation n’est guère plus brillante. " Mêêêêê " protestera peut-être l’agneau de la fable. Mais il n’y a pas de mêêêêê qui tienne et le premier loup venu ne tergiversera pas pendant des heures en se disant : " Tiens ! on va se marrer. Au lieu de bouffer ce sac à viande, je vais le laisser se désaltérer à sa guise, pour la beauté du geste, et merde à La Fontaine. Prenez mon frigo, mes bottes et fumez ma boulette, vous n’aurez pas ma liberté de penser ! " Non ! Jamais un loup, même s’il écoute le hit-parade à la radio, ne se dira ça. Car, en toutes circonstances, le loup reste un prédateur d’agneaux. Il n’a pas le choix. Il ne se dit rien. Il sent, il entend, il voit, il réagit. L’instinct dont il est le véhicule charnel et actif domine toute autre contingence. Tout vient à lui. Au-delà de trois, il ne sait plus. Aucune beauté du geste, aucune improvisation, aucun acte gratuit. L’animal est libre d’agir comme la pierre jetée est libre de tomber. Et plus il est dressé, plus il est dénaturé.
Restent les grands singes, je veux parler en particulier de l’homme et la femme. Les plus éduqués, les plus dressés (les plus dénaturés  ?). Et pourtant, les plus fantasques aussi. Ce paradoxe tient au fait que, se dégageant du seul instinct par l’activité de la conscience de soi et s’érigeant en être de culture, l’être humain a généré le libre-arbitre. En théorie, seul l’homme peut (et doit comme l’exigeait Bakounine) être libre. Mais libre de quoi ?


" Vous êtes le n°6 "

Vous connaissez sans doute la série culte des années 60, Le Prisonnier. Elle débute au moment où le héros (interprété par Patrick Mc Goohan) annonce sa démission aux Services Secrets britanniques. Il est alors enlevé de son domicile et se réveille dans un lieu kafkaïen, au surréalisme tout british, le Village. Il réalise peu à peu que " l’Organisation " cherche par tous les moyens à connaître les motifs réels de sa démission. Confronté à un personnage qui se fait appeler n°2, il demande en toute logique qui est le n°1 et se voit répondre : " Vous êtes le n°6. " " Je ne suis pas un numéro, hurle-t-il, je suis un homme libre ! "

Un rire sardonique lui fait écho. Cette série illustre la complexité de la notion de liberté humaine, qui tient à la fois de l’espace (liberté de mouvement), de la conscience et de l’intellect (liberté de penser, de philosopher, de s’exprimer...), de l’économie politique (liberté d’action, de représentation...) et du Droit (la liberté est codifiée).
Le Village est sous la garde du rôdeur, un énorme ballon blanc qui pourchasse impitoyablement ceux qui franchissent les limites permises. Les caméras sont partout. C’est le monde d’Orwell. Mais la liberté du corps n’est qu’un aspect du concept. Fénelon parlait déjà de " celui qui peut être libre dans l’esclavage même ". Et l’on se souvient de l’Indien qui riait sous la torture.
Les voisins du n°6 sont polis et policés, les maîtres des lieux possédant sur le bout des ongles l’art de la manipulation et du faux-semblant. Car c’est aussi et surtout à l’esprit qu’ils s’en prennent. L’esprit, voilà l’ennemi. Il s’agit de soumettre l’insoumis, de l’inquiéter tout en lui suggérant un possible sentiment de quiétude. On se croirait presque chez nous où, surfant sur la vague égotique triomphante et la crise institutionnalisée, flattant la médiocrité socialement correcte, les média populistes et consuméristes n’ont jamais autant célébré et trahi l’appétence pour la liberté. Mais en dernier ressort, c’est bien l’application stricte du Règlement qui s’applique avec une tolérance zéro. Plus de doute, on y est. Le feuilleton n’était qu’une légère anticipation de la réalité. Le village planétaire annoncé par Mc Luhan était en fait le Village du n°6. Si vous ne me croyez pas, vérifiez dans votre portefeuille. Quel numéro êtes-vous  ?


La liberté guidant le peuple de gnous

On dit que Diogène, arpentant les rues d’Athènes une lanterne à la main, cherchait un homme, un homme riche de sa liberté, dégagé des illusions sociales, des croyances non fondées, des tabous. Il ne le trouvait pas. Aurait-il plus de chance aujourd’hui ? Examinons le stock du tout-venant contemporain. Je vous présente à ma gauche le métropolitain de 25-35 ans, discipliné, aseptisé, la tête dans le guidon, debout dès six heures car son patron n’attend pas,

j’ai nommé Baudet Jovial, dit GI Joe, ex-champion de tir à la roquette sur zone habitée, reconverti en smicard. A ma droite, un plumeau sur la tête, la célèbre ménagère de moins de 50 ans possédant son guide astral pour l’année en cours, une carte bleue valide et 1,82 enfant, j’ai nommé la Pouf du PAF (Paysage Aliéné Français), mesure étalon de nos belles campagnes publicitaires, femme au foyer Sonacotra. Je ne les ai pas choisis au hasard. Ces deux-là sont certifiés ISO par une société tellement avancée qu’elle se décompose en lambeaux sous leurs yeux sans qu’ils y voient couic. Alors ? Nos deux champions vont-ils satisfaire aux critères diogéniens ? Peuvent-ils faire exploser les carcans qui les lient à la " société disciplinaire " décrite par Foucault ? Oui ! Grâce à un prêt sur 36 mois dont le TEG est révisable, les voilà libres de partir huit jours (et sept nuits) aux Baléares. A moins qu’ils ne préfèrent refaire la salle de bain. Ils hésitent devant l’ampleur du dilemme. C’est compliqué la liberté, faut faire des choix.
Bon ! Sur ce coup-là, on est tous d’accord. Quoique représentatifs, ces deux zombies-là sont particulièrement gratinés. Mais quid de la liberté des philosophes et des utopistes ? A mon humble avis, la liberté chérie, celle pour laquelle Gavroche mourut en évoquant Voltaire et Rousseau, celle dont le poète écrivait le nom sur les murs des prisons, reste un concept ambigu, une poche " retournée ", un sujet philosophique négatif. Je ne sais pas ce qu’elle est, je sais ce qu’elle n’est pas. Arbeit macht frei (le travail rend libre) proclamaient avec une ironie méprisante les frontispices des camps nazis, tant il est vrai que tout discours sur la liberté est un discours sur l’aliénation du monde. Dans ces conditions, puis-je être, ou devenir, réellement libre ? Hélas, il semble que le hasard et la nécessité, chers à Monod, fassent tache dans mon projet de liberté totale. Pour me libérer relativement, je devrai donc perdre mes illusions, refuser de collaborer au crétinisme infantilisant de la Société du Pestac et me fonder en tant que sujet conscient, chercheur de vérité au-delà de l’apparence, vaste et beau projet qui peut occuper toute une vie. Je risque bien de sucrer les fraises avant le dessert. Avec mon fardeau personnel, ma couronne d’épines sur la tête, en vérité je vous le dis, un homme totalement libre est un homme mort. Debout, les morts  !


L’amoralité de l’histoire

Les jolis mots sont galvaudés, qu’on songe à la jolie devise de la République Française pour s’en persuader. La liberté n’est qu’un chiffon rouge conceptuel que le libre-arbitre conçoit et que la société agite comme un miroir aux alouettes devant nos yeux plus ou moins crédules. Faut-il alors se désespérer ? Le désespoir rend-il libre ? Pas à ma connaissance. Et comme les Albert qui harmonisent pensée et actions sont rares ou vivent cachés, j’ai personnellement peu de choses dans mon sac pour vous consoler. Ecoutez plutôt. Dans le dernier épisode, étant parvenu à s’évader après avoir détruit le Village, le n°6 est enfin libre de corps et d’esprit. Il va pouvoir chasser les démons de sa tête et rentre à Londres. Mais quand il referme la porte de son appartement, elle a le bruit caractéristique de celle de son cottage au Village. Tout est dit. On ne se sépare pas si facilement de l’aliénation inculquée par l’éducation, la famille, la religion, l’armée, le travail... vous complèterez la liste. Malgré tout, même si c’est un peu court, le n°6 reste un homme libre dans le sens sartrien du terme. Ce sera mon lot de consolation. Séquestré et manipulé, il ne fait pas ce qu’il veut, mais il veut ce qu’il peut. Ce qu’il peut, c’est renoncer à renoncer, c’est résister en élaborant des stratégies d’évitement et de fuite. Par sa résistance, sa volonté d’être et non pas seulement de paraître, il nous sert une belle leçon de liberté mais, ne vous leurrez pas, de liberté partielle et surveillée. Prenons-en tout de même de la graine et ne crachons pas dans la soupe libertaire, au contraire. Même si la liberté est belle et inaccessible comme l’arc-en-ciel, s’émanciper de la dictature de Big Brother et accéder au-delà du mot galvaudé non pas à la liberté mais à des preuves de la liberté, aide à vivre et à se regarder droit dans les yeux le matin dans la glace. Je persiste donc et signe  : liberté, je te nique parce que je t’aime.

Martial Jalabert 2006