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mardi 11 décembre 2018
   
Brèves
JEAN DEGOTTEX // GALERIE « PASCAL LAINE » A MENERVE
samedi 31 décembre

JEAN DEGOTTEX

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La place de Jean Degottex ( 1918- 1988) dans l’histoire de la peinture contemporaine en France est maintenant largement reconnue. On le rattache souvent au mouvement d’après-guerre dit de l’ « abstraction lyrique ». En réalité, son œuvre est un parcours original et singulier de 40 ans. Chaque période épuisant une possibilité formelle, ouvrant la voie à une nouvelle possibilité. Du geste au signe, du signe à l’écriture, de l’écriture à la ligne. Autodidacte et libertaire de formation, il passe définitivement à l’abstraction en 1951, qui est aussi l’année où il reçoit le prix Kandinsky.En 1955, il rencontre André Breton qui voit dans sa peinture, un nouvelle illustration de l’ « écriture automatique » et lui signale aussi son affinité spontanée avec la pensée et la pratique du bouddhisme Zen . Des lors il ne cessera de développer son art au plus prés des notions orientales de « vide » et d’« immédiateté ». A partir de 1966 ses séjours à Gordes se font de plus plus longs et fréquents. Sa compagne Renée Beslon connaissait bien Gordes et ses artistes depuis la fin des années quarante . A Sénanque, en 1979, il expose la série de ses Dépli-bleu, réalisés en plein air sur la vaste terrasse qu’il avait aménagée parmi les restanques qui bordent la route de Murs . Nous allons ensemble, sur l’ancienne décharge de chantier, chercher les matériaux les plus pauvres et les plus abandonnés. Sur des briques de démolition, des papiers sacs de ciment , des poutres de bois brut, il dépose ensuite la marque de son propre regard. En 1981 , il reçoit le Grand Prix National de Peinture. Sa méditation s’oriente progressivement sur le support et la matérialité de l’œuvre. Ainsi ses « papiers » ( le mot dessin est exclu de son vocabulaire) peuvent montrer leur grain et leur texture interne, magnifiée par déchirure, scarification, surcollage puis arrachage. Le pinceau n’a plus droit de cité. Son œuvre restera celle d’un extrême minimalisme où jamais la rigueur ne prend le pas sur une extrême sensibilité. Dominique Bollinger

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dérouler la page centrale, "articles récents" Encore des peintures de JEAN DEGOTTEX

Nouvelle brève
jeudi 24 novembre

7éme ART A CABRIERES D’AVIGNON COURT c COURT !

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Depuis 18 ans cette Equipe CcC ,poursuit sa démarche novatrice Le menu était époustouflant, la diversité des styles, des regards, des matières, les cinéastes, ont présenté des œuvres expérimentales abouties, nous donnant des preuves de leurs recherches, œuvres insolites, drôles, parfois d’une accablante beauté, fonçant de front vers ce 7 éme Art tant attendu, c’est fut une vraie découverte... Nous vous parlerons pour commencer du cinéma expérimental.... Nous avons choisi, « Ailleurs » de Lixin Bao, belle, énergique, profonde, quelque peu nostalgique, façonnant un rêve d’enfant, un rêve d’antan, Les locomotives à vapeur. Cette étonnante œuvre, qui dure 12’ 48, va nous conduire au fin fond de la Chine et de la Mongolie, par les vois ferrés, la machine est visualisée, analysée, décortiquée, son corps de fer avec ses tensions et sa densité technique, l’artiste Lixin Bao nous offre cette anatomie glacée et puissante, par des superbes plans ouverts, serrés, elle nous introduit par son regard dans le devenir d’un corps « machinique et par cette métamorphose nous propose un autre corps plus « sensuel » celui de l’œuvre plastique, en couleur sur des images fixes l’artiste se balade autour des ses agencements de fer, fumée, vitesse, percées inondées de lumière, des tableaux lents... sa maîtrise minutieuse nous conduit a la découverte de ce grand corps mécanique, rendu vivant, par son art de Plasticienne.... En toile de fond des employés en voix-off, hors champs, nous racontent l’expansion de la société chinoise par l’exploitation massive géré par le pouvoir. stepffer-tiphaine

La scène nationale de Cavaillon" Un truc de fou ! "du 10 au 19 novembre expositions jusqu’au 10 décembre
lundi 14 novembre

« Heureux soient les fêlés car ils laissent passer la lumière. » Michel Audiard

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Vitrine "des Fous" centre de Cavaillon

C’est un peu cette démence, et aussi ce charme charismatique, que nous nous proposons d’explorer pendant ce mois de novembre. Des « psys » (choisissez la fin de mot qui vous convient), mais aussi des artistes vont nous accompagner sur ce chemin délicat et ardent. Le terme fou est un mot que nous devons surtout conserver dans notre langage quotidien, faire en sorte qu’il ne soit pas dissout avec tout ce que notre société d’aujourd’hui aime démonter, et lui fait par exemple nommer ( laboratoire de production culinaire » la cuisine qui se construit à l’hôpital, ou encore ouvrage de franchissement de la Durance » le futur pont de Cavaillon. Nous allons nous immerger dans la profusion de création artistique réalisée dans (et hors de) l’hôpital de Montfavet, celui qui accueillit longtemps et vit mourir - de faim en 1943 la grande Camille Claudel, à qui nous rendrons hommage. Nous allons vous proposer de découvrir d’autres travaux d’artistes en familiarité avec cette douleur, et aussi regarder ce monde et le vivre à l’intérieur, nous interroger, partager les expériences, en colloque, en films, en débats ...

Ceci est la première édition de rendez-vous réguliers que nous avons nommé l’exclamations ». Ceci n’est pas un festival, quoique. Là, c’est juste Un truc de fou ! Jean-Michel Gremillet

HOMMAGE à GERARD DROUILLET GALERIE PASCAL LAINE
mercredi 7 septembre
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Le 10 septembre au 4 octobre 2011

L’art de Gérard Drouillét s’il se nourrit d’un long et patient travail du quotidien, s’exprime dans une écriture particulièrement originale et riche d’une force poétique. Sa peinture emmène le spectateur dans les méandres labyrinthiques d’un monde fantastique et foisonnant. Ses tableaux nous proposent des visions étranges, de visages hiératiques ou de plantes magiques, formes complexes mais énoncées dans un vocabulaire parfaitement maîtrisé. Dans un paradoxe, les peintures comme les sculptures de Drouillét sont empreintes tout à la fois de violence et de calme, de démesure et d’une grande retenue, de sublimation et parfois de perversité. Cet artiste nous entraîne dans des paysages psychiques contradictoires dans des fantasmagoriques qui ne seront jamais expliqués.

Philippe Latourelle Président du Centre d’Art Présence Van Gogh

GALERIE PASCAL LAINE A MENERBES // Présente les oeuvres de MARINE di STALI
vendredi 3 juin

GALERIE PASCAL LAINE A MENERBES

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Présences élaborées, visions construites dans une atmosphère de rêve, le peintre Marine di Stali structure son univers à caractère d’évocation d’un temps qui fuit qui fut, raffiné, précieux... Dans ces espaces ou ces images symboliques se meuvent et surgissent par l’introduction des couleurs intemporelles des ocres, des terres, animés par des touches minimalistes d’orange, de bleue, des verts, comme des signes de forces qui affirment ces présences a la géométrie élancées, .... Images arrêtées, dans leurs mouvements par l’obstination d’une technique savante, qui donne à voir des sou- couches, surfaces anciennes qu’on distingue à travers les effacements successifs auxquels l’artiste Marine di Stali fait subir a ses œuvres sujettes a son exploration mentale, faisant appel a une peut être mémoire musical, ritournelle enfantine, converti en espace plastique , pensée métaphysique d’un éternel retour.

Stepffer-Tiphaine

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Cabanon Pruduction : présentation des livres de Guy Tournaye.
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Site d’Arnaud Prinstet
Son Livre " A VOIX BASSE"
JOELLE LEANDRE
LA MUSIQUE A L’IMPROVISTE
vendredi 4 septembre 2009
par Administrateur- tiphaine

A VOIX BASSE : JOELLE LEANDRE

IMPROVISATION / COMPOSITION

Un jour, je prends un taxi, je suis avec ma contrebasse. « C’est quoi, ça ?, demande le taxi. Et vous jouez quoi comme musique ? » Je réponds : « J’improvise. » •> Alors, c’est quoi ? » Je lui réponds que ce n’est pas de la musique classique, ni de la chanson, que ce n’est pas vraiment du jazz : j’improvise, je joue, je fais de la musique ! « C’est de la chanson alors, il y a de la voix ? » « Non, c’est de la musique qu’on a en nous, et puis on joue. » « Ah bon, il me dit, je crois pas que j’aimerais ! Il y a pas de mélodies alors ? » « Parfois », je lui réponds. L’improvisation, c’est une musique qui ne s’écrit pas, elle se joue. Elle se pratique seul ou en groupe. C’est une musique de l’instant, sans crayon ni gomme, une conversation intime d’une mémoire forte et fragile. Chacun son éducation, chacun sa culture. Et puis on apprend la vie. C’est une musique mouvante, en mouvement comme l’homme. Un moment unique et vrai. Tant pis pour les ratages, c’est inclus aussi, cela fait partie du jeu ! C’est une aventure et un partage avec les musiciens, c’est un voyage dans le présent et dans le temps. On joue, chacun, chacune bien différente évidemment, avec sa vie, son histoire, ses goûts, ses choix. L’improvisation, c’est une rencontre précise et précieuse, mais aussi une musique d’individus qui ont choisi leur chemin, leur liberté et qui prennent tous les risques. Bref, je crois que l’improvisation, c’est de la vie. Tout est en vibration. L’improvisation ne se plie pas à la notion d’œuvre, d’« objet fini », mais se contente du caractère indéterminé de sa structure, par sa durée ou sa forme. Cette rencontre se tait, se défait, elle est fugitive et mobile. C’est du mouvement et du corps. D’ailleurs, toute la musique est du mouvement, du flux, de la matière qui se prend et se donne et se jette ; une organisation sonore. Cage parle très bien de ça : « Je n’ai jamais écouté un son sans l’aimer. » Oh, que j’aime ça ! Oui, l’improvisation, c’est de la vie. À chaque instant, regardez-vous tous les jours ! C’est une musique sur la vie, dans, avec, autour. C’est complexe, comme nous. Et l’homme n’est pas simple, n’est-ce pas ? Il est en émulsion ; questions, contradiction permanente, recherche. Ce sont les modes, les styles, les époques, les rois, les églises, les institutions qui ont établi, déterminé les compositeurs au cours des siècles passés. Remarque, c’est la même chose en ce moment. Enfin, ceux reconnus par l’État qui ont organisé les sons pour créer des musiques, des styles. Ça, c’est pour danser dessus^ Ça, c’est pour boire avec. Ça, c’est pour prier... Au fond, je croîs que les sons, le travail de l’improvisation, c’est une énergie, une puissance et une immense concentration instrumentale. C’est avant tout une musique instrumentale où corps et tête ne font qu’un. Non pas comme dans la composition où trop souvent la tête, seulement, est le moteur. L’improvisation est une musique de jubilation où la pulsion de vie première est une liberté incarnée. Je ne sais pas qui a dit : « Un vrai improvisateur est quelqu’un qui se prépare à ne pas être préparé. » C’est tellement ça, c’est tellement vrai. À ses risques et périls. Ces instants sont uniques. Ils sont fugitifs, vrais dans l’instant même de leur émission. Tout est en mouvement. Même les nuages,nous-mêmes, constamment. Nos molécules dansent et s’agitent en permanence.

L’improvisation est un art risqué, intuitif, spontané et éphé¬mère, un savoir de l’écoute. C’est une aventure sonore immense et bouleversante. Il s’agit d’écouter l’autre, mais aussi s’écouter soi. Et il s’agit d’avoir une assurance instrumentale, et non pas une virtuosité. Dans l’improvisation, il y a une complémentarité entre le corps, la fonction, le geste, la respiration, le silence, sans oublier la conscience de la scène, son espace, le sens de la dramaturgie et de la durée. Cela s’apprend à la longue. Tension et dé-tension, don et abandon, mesure et démesure, sagesse et folie. C’est une musique d’instrumentistes, musique du corps, de corps, de jubilation, mais où la tête continue à penser. Je dis parfois au cours des workshops que j’anime : « Ne pense pas ! » C’est impossible, mais structures et formes se font et se défont à nos dépens. Oui, il me semble que la musique, c’est avant tout du corps. Cela passe au travers de nous et de notre outil, comme une osmose. Est-ce ainsi avec un crayon ? Dans l’improvisation, il y a des plongées, des abîmes, des transcendances, des manières funambulesques de suivre un flux de sons, de partage, de vide, et de rebondir, laisser. Prendre une phrase, la faire sienne, lancer et répondre à un rythme, laisser, parfois souligner. C’est une musique d’individus où il est nécessaire de compter les uns sur les autres. C’est un fil, un flux. Je crois en l’individu ainsi, responsable de lui et de l’autre. Je crois en l’autre, en sa vérité, son petit bout de quelque chose qu’il va dire, comme une étoile, une lumière. On joue dans cette connaissance, cette imperfection, cette fragilité de l’autre. L’improvisation, c’est comment entendre l’autre. Paradoxale¬ment, c’est une musique qui est totalement individualiste et qui a à voir avec du collectif. Il faut être dans une écoute pro¬fonde, une sorte de- vacuité. C’est un bazar total, un mic-mac pas possible, mais l’aventure de la liberté ne s’improvise pas. C’est une décision, un vrai travail de réflexion, j’ai plus grandi et appris dans celte musique que d’avoir joué et participe, et aimé d’ailleurs, toutes celles que j’ai travaillées et interprétées au cours des trente années passées.

Derek Bailey a dit que l’improvisation libre la plus intéressante est le fruit de formations relativement éphémères. Je souscris complètement à cette idée. Par exemple, tu n’as pas joué avec des musiciens pendant six ou huit mois. Tu fais partie d’un quartet ou d’un trio. Tout ce temps s’est écoulé, et la vie continue, n’est-ce pas ? Des rencontres, des projets, d’autres concerts, des voyages , des responsabilités diverses, je ne sais pas moi... Tout bouge, tout change, et puis on se retrouve pour un concert. C’est une telle joie de faire de la musique ensemble. Cette date que l’on a, je ne sais dans quelle contrée... On part, on prend un train, on laisse un peu, et on file. Et durant ce laps de temps, chacun est en mouvement, on se retrouve, on est ravis. Donc, cet individu que tu retrouves quatre mois après, il t’apporte une fraîcheur, je pense aussi qu’il faut jouer régulièrement avec les mêmes musiciens. Plus tu joues avec les mêmes musiciens et plus, sans doute, tu peux te permettre d’être encore plus libre, ouvert. Notre partition, c’est l’individu en face de nous ; notre partition, c’est nous. Je joue qui je suis. Oui, je joue qui je suis, j’ai toujours été ainsi ; c’est du boulot. Improviser, c’est accepter ce danger, cette puissance du vide, de l’aventure. Il y a tout d’abord un travail sur la « mise à plat », le délestage des attaches, le « désapprendre ». On comprend alors que plus on est vide, plus on est riche, car on peut laisser librement entrer les choses en soi. L’improvisation traite d’abord de ce que l’individu contient, sans filet, comme une fulgurance, un cri, Hn ce sens, c’est un questionnement perpétuel livré au public avec arrogance et humilité : « C’était moi, et j’ai été vrai à en crever. »

L’improvisation, c’est aller vers l’inconnu, c’est se défaire de tous ses réflexes, de tout son savoir, et être surpris par soi-même. Parfois, par tes erreurs, et les erreurs et ratages sont bienvenus. Tu te surprends dans une complexité de matières sonores à gérer. Tu te trouves alors dans un flux en train d’inventer une texture râpeuse, ferreuse, où ii n’y a même plus le rapport instrumental. Et tu te vois prendre l’archet à pleine main, comme un animal, à écraser la corde. Car c’est ça improviser, c’est lâcher prise. Quelquefois, dans certains concerts, au cours de certaines rencontres, je me demande même si je joue de la contrebasse. C’est un tonneau, c’est un ravin qui coule, c’est un oiseau qui braille, c’est un son de cymbale. C’est toujours pour une raison sonore. Il est difficile de parler d’une musique qui se suffit à elle-même. Sinon, c’est encore l’enfer¬mer. Derek Bailey a tellement bien dit qu’elle était simplement naturelle. Un petit exemple qui m’est arrivé : tu te surprends toi-même à jouer quelque chose en groupe, ou même en solo, que tu ne pourrais même pas imaginer de jouer. Une petite valse ringarde, par exemple, qui a sans doute un sens à ce moment-là et pas à un autre. Et tu la joues, sans jugement, même si tu détestes la valse. Et c’est bon, et c’est bien, et tu viens de jouer la plus belle valse du monde ! Formidable, non ? C’est ça improviser, c’est être prêt à quoi que ce soit. Mais il faut y croire. C’est une tension et, en même temps, un vide. Un improvisateur, je le disais tout à l’heure, est pour ainsi dire le musicien qui devrait connaître, entendre toutes les musiques et être prêt à les accueillir. Je n’ai pas dit jouer toutes les musiques, c’est impossible. Plus tu amènes du « toi », comme de l’eau à ton moulin, et plus cela devient justement ton mou¬lin sonore, ton vocabulaire qui se développera, car chaque musicien acquiert avec le temps un vocabulaire, comme une griffe. Tu dois sélectionner, décider, en état de vibration, comme une abeille, une fois de plus. À partir de ce moment- là, tu as un champ et un chant sonore large. Je crois à cette disponibilité, à cette diversité. On peut mettre beaucoup de choses dans ma boîte, non ? Dans cette grosse boîte eu bois ! Au cours des siècles passés, les musiciens improvisaient, jouaient, chantaient même. À l’époque de Corelli, de Vivaldi, n’était pas considéré comme musicien celui qui n’improvisait pas. L’improvisation est une mise à plat, une mise à nu. Il s’agit d’être neuf, comme un enfant, sans mémoire, presque, sans toutes ces connaissances, ces cultures, tout ce que l’on nous a dit de faire et de ne pas faire. C’est un moment important où l’on va s’exprimer : on ne prépare pas une improvisation, on se pré¬pare au vide, aux flux, ces énergies que l’on s’envoie les uns les

autres sur le plateau. Cela peut vraiment toucher des sphères hautement spirituelles- On ne prend rien, on donne. Avec l’âge, je me rends de plus en plus compte de cet état, de cette presque humilité de dire : « Je m’excuse, mais c’était tellement moi. Ce soir, c’était ça ! » On ne peut pas tricher, tu dois être dedans et dehors comme une vibration dans le cosmos, à l’écoute. Ce qui est important, c’est le geste, l’acte sonore. Dans l’improvisation, le premier son, 3a première attaque, est fonda¬mentale. Elle détermine la pièce, comme une composition spontanée. Le premier son, le premier geste portent ainsi en germes la résultante même du caractère de la pièce finale. Sa totalité est déjà dans ces premiers matériaux. Il faut alors être comme à l’affût, réactif, rapide. Il faut aller vite. L’improvisateur va très très vite. C’est la pensée et le corps ensemble qui commandent, mais, bizarrement, les doigts vont parfois plus vite. Alors, peut-être, est-ce la pensée ou la conscience du geste qui nous échappent. On devient un corps sonore, c’est plus fort que nous, nous sommes joués. Ainsi, nous jouons et faisons de ia musique sans bornes ni frontières, quelles qu’elles soient.

Une gratuit ; connaissance de son instrument est nécessaire. Il y a la mémoire des doigts, la mémoire des gestes qui rentrent en jeu. On ne peut pas inventer sans arrêt. Je parlais tout à l’heure de vocabulaire. Après tout, chacun a ses tics et même ses préférences, sa petite cuisine quoi. Mais de toute manière, tout sera bouleversé. Le fait même de jouer avec tel ou tel autre instrument, tel ou tel autre musicien, le temps, l’espace, etc.

Quand tu improvises, tu ne penses pas, tu ne penses à rien. D’ailleurs, plus tu as la tête vide et plus l’improvisation sera réussie, je l’ai souvent remarqué. Au fond, ces improvisations naissent et meurent, ce sont sans arrêt des petites morts et renaissances. D’où toutes ces rencontres et ces retrouvailles. Je joue avec certains, certaines depuis vingt ou trente ans. Je rencontre des musiciens qui m’interpellent, me plaisent dans leur manière de jouer, d’être. C’est une sorte de floraison d’aventures. On apprend, on digère, on recrache, on assimile, on choisit, mais on n’invente rien, ou si peu. On déchiffre peut-être des choses, on les défriche différemment, on les positionne autrement au travers d’aventures personnelles, de cultures, de curiosités, de désirs. Je crois qu’on invente très très peu. Créer, c’est aussi recréer, refaire différemment, se réapproprier. Je pense, par exemple, à l’influence que les arts africains ont pu exercer sur Picasso. C’est flagrant aussi pour la musique folklorique sur des compositeurs comme Bartok ou Kodaly, qui ont chacun puisé dans la musique de leur pays. Je me suis toujours demandé si un air de Puccini dans Tosca, par exemple, n’avait pas été chanté, sifflé même par un peintre en bâtiment. Et le compositeur, un jour, passait par là, dans la rue, avait repris l’air, en avait fait un motif, une phrase. Il a ainsi recréé cette mélodie. Donc, tu vois : musique savante, musique populaire... Au fond, tout est dans tout.

Je me demande même si on ne tourne pas toujours autour de choses très semblables, des choses simples qui bougent à peine, mais annoncées et structurées différemment. Il faut avoir l’humilité de regarder la nature autour de soi, en termes de forme et de couleur et, évidemment, de sons pour s’en rendre compte. Je crois fondamentalement à la tradition, on ne vient pas de nulle part. Il faut apprendre puis apprendre à désapprendre. Et là on est seul. Il te faut presque vingt-cinq ans pour apprendre et autant pour désapprendre. Regarde, par exemple, un sculpteur travaillant sur une masse. Il a ces gestes directs, forts, jubilatoires. [’imagine de la matière qui tombe et puis, petit à petit, une forme naît. Ainsi, un sujet auquel il ne s’attendait pas va apparaître, complètement imprévu. Les sculpteurs doivent pas mal improviser, n’est-ce pas ? Il faut apprendre et désapprendre, mais personne ne te le dit. On ne te donne pas les clefs ! |e me les suis fabriquées. C’est une patience. On a des journées où l’on peut prendre le temps de ne rien faire. On a des journées, nous, artistes, comme on nous appelle, où l’on n’a rien à faire. Heureusement, nous ne sommes pas tout le temps dans la musique, il faut sortir, être dans la vie. La vie, le quotidien, c’est aussi un terreau de réflexion pour l’improvisation et pour la composition, bien sûr. Elle se joue en souterrain à ces instants, dans le cours ininterrompu de la vie. Mes lectures, mon vécu, tous ces regards posés, portés sur le monde, toutes ces visions, ces sons, ces idées de structures, ces objets hétéroclites, glanés ici et là, dans des galeries, au vu de chorégraphies insolites, à l’écoute des gens de théâtre ou de ia concierge se retrouvent aussi par bribes, assimilées, diluées, transformées, dans mes improvisations, dans ma musique, L’hétéroclite, le divers, c’est le quotidien, inépuisable, qui nous les propose. Le monde se répercute par échos en moi, se déplace par réverbération, assimilation.

L’improvisation vient de cette oralité. D’autres ont composé. Les joueurs de tambours d’Afrique, tu croîs qu’ils ont une partition ? En mi bémol ou avec quatre dièses à la clef ou à 12/8 ? Bref, tu vois le truc ? Non, ils jouent, c’est tout î Toute la musique africaine, comme la musique indienne, et tant d’autres sont des musiques naturelles où l’improvisation et le rythme sont importants, primordiaux. Puis vient la mélodie. Dans les siècles passés, l’improvisation a été oubliée. Il y a eu prédominance de l’écriture, du compositeur. Laisser une trace, ça, c’est très masculin. Et les femmes là-dedans ? Les pauvres... Remarque, ça continue ! Et puis toutes ces maisons d’édition pleines main¬tenant, il fallait écrire. C’est ainsi qu’était jouée et rejouée à la demande des rois ou des barons et de l’église la musique pour leur unique plaisir. Ils les payaient et, ainsi, faisaient partie de l’élite ou de la cour. Comme maintenant d’ailleurs, ils font partie des institutions. Certains en abusent, d’autres se débrouillent comme ils peuvent. Bach improvisait régulièrement. Mozart improvisait à l’alto. Liszt et Chopin improvisaient au piano, Chopin aimait beaucoup écrire des études pour ses élèves d’une grande virtuosité. Certains en avaient mal aux doigts, d’autres ne pouvaient même pas jouer ces études sur les gammes par exemple ou sur les octaves. Chopin donnait des récitals d’improvisation totale. Sache bien qu’à cette époque, beaucoup de compositeurs improvisaient. Autre compositeur qui improvisait, Olivier Messiaen. Il a improvisé toute sa vie, régulièrement, sur l’orgue de l’église de la Trinité, et ce jusqu’à sa mort, (e me souviens qu’au conservatoire, j’avais 19 ans, il y avait l’orchestre des étudiants. On apprenait le métier, on montait des œuvres. Un jour, on monte une pièce de Messiaen qui était dans la salle. Et soudain, en pleine masse de sons, il nous arrête et demande : « S’il vous plaît, le troisième cor, c’est un peu bas le mi bémol. » Et c’était vrai, c’est grand, non ? Messiaen, c’est un musicien total, compositeur et improvisateur. Mon Dieu, qu’est-ce que j’aurais aimé poser des questions à Messiaen sur cette double pratique. J’ai été en contact, j’ai fréquenté tellement de compositeurs, pendant plus de dix an*. Très peu ont entendu, même autour d’une table, l’existence des musiciens improvisateurs créatifs. Cette tradition du compositeur improvisateur s’est perdue. Seul l’écrit est alors écoutable, recevable. La musique écrite est toute puissante. Aujourd’hui, la musique contemporaine est un peu fatiguée car trop intellectuelle. Les compositeurs, à 70 %, ne touchent plus un instrument ! D’où une musique un peu figée, policée et surtout maîtrisée par le savoir et la pensée. Plus de corps, plus d’air... Maîtrisée par la tète, l’intellect, jusqu’à même oublier ce qui est la nature de la chair, de la respiration, du corps. Il faudrait cette balance comme dans tout, encore une trilogie : la tête, la pensée, l’intellect en haut ; le cœur, la respiration, l’âme au milieu et, en bas, le sexe, le plaisir, le corps. L’improvisation contient tout ça. Regarde Pierre Boulez, on sait très bien qu’il est très critique par rapport à l’improvisation. Pour lui, la musique est forme, structure, une pensée écrite qui ne passe que par la seule pensée du compositeur tout puissant. Je croîs qu’il faut distinguer Je jazz et la musique improvisée. Le jazz est une musique qui est en grande partie improvisée, une musique qui, au cours des années, s’est elle aussi codifiée. Elle a une histoire, une mémoire, des partitions. On pourrait même dire qu’à présent le jazz est classique. Il s’est fixé, on le rejoue. C’est codé, formaté même dans l’interprétation. La seule ouverture dans le jazz, c’est bien entendu l’improvisation. Et puis, merci, il y a eu le free jazz. Aujourd’hui, il y a l’improvisation libre, ce qu’on appelle la musique improvisée, sans styles ou idiomes, ce qu’on appelle donc l’improvisation non-idiomatique. Pas de style, pas d’idiome, pas de hiérarchie, une

improvisation libérée de tout langage prédéterminé 1,’improvisation libre, c’est un vrai langage, une vision d’un monde différent. Regarde une journée, par exemple. Et op. le téléphone sonne, tu réponds, puis tu fais autre chose. Ah, le frigidaire est vide, donc tu fats des courses. Puis tu ouvres ton agenda, merde ! J’ai un rendez-vous dans deux heures, etc. Notre gestuelle, notre journée, notre quotidien est une série continuelle d’improvisations, de répétitions et d’impondérables que l’on organise. On en fait tout un blabla de la musique improvisée. Je préfère d’ailleurs parler de l’improvisation. C’est une nourriture quotidienne, vitale, qui enrichit le musicien, lui donne des responsabilités. C’est un regard autre sur la vie, plus critique et personnel, une autre écoute. Cette musique devrait être chaque fois une pure création. Tout musicien, même enfant, devrait commencer à improviser, à aller chercher en lui. Bien sûr, c’est risqué, mais la vie n’est-elle pas risquée ? L’improvisation est une autre manière de s’appliquer à « faire ses gammes ». Ce sont des gammes plus personnelles, intimes : regarder la vie, oser aller vers l’autre, en fait « donner son avis », sortir... il faut sortir dans la rue, les sons sont partout ! Je crois que l’improvisateur contient toutes les musiques en lui. 11 n’y a pas de modèle, de préférence, de hiérarchie. « Laissez les sons ce qu’ils sont. » Cage encore, je me répète, mais c’est d’une telle poésie. Dans le temps de l’improvisation, on oublie le temps et on s’oublie soi. (...)