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Jean-luc Bohin
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Thierry Geffray
Photographies de notre directeur artistique.
Une peintre
ALEXANDRA Roussopoulos
Descriptive plastique approche subtil envers l’oeuvre de l’artiste
lundi 13 avril 2009
analyse des œuvres de la plasticienne Roussopoulos....

ALEXANDRA Roussopoulos

Flower of the Revolution Dans les « châssis-formes » d’Alexandra Roussopoulos, les champs de la géométrie euclidienne paraissent s’adoucir, se flouter et perdre raison. Les formes sont familières, mais leur facture ne semble pas prédéterminée ou arrêtée de façon absolue. Ses peintures ne sont ni très propres ni parfaitement finies. Nous ne sommes pas dans le « Los Angeles Fetish Finish » des années 60 et 70, bien que son travail fasse certainement référence à ces formes en laque et en plexiglas. L’artiste est très claire sur la question : « Je les préfère un peu sales, dit-elle. Je veux qu’elles ressemblent à de la peau. Je n’ai aucun désir de perfection. » Les « Flaque », « Anguleuse » et « Euclidienne » d’Alexandra Roussopoulos sont des abstractions flottantes commencées à l’acrylique fluorescente puis adoucies jusqu’à des tonalités pâles et irisées, révélées au mieux à la lumière du jour. Les châssis sont bricolés à partir de bois de récupération, les envers et les bords sont épaissis par les couches de peinture accumulées. Leur poids et leur matérialité rendent plus tangible encore l’illusionnisme d’un espace béant, d’un vide. (En examinant le détail photographique des « Flaques », on croit reconnaître des corps humains, enchevêtrés comme pour un « love-in » du début des années 70 ou pour un atelier de théâtre d’avant-garde.)La géométrie, le féminisme, le biomorphisme et l’automatisme se mêlent librement dans son travail. Alexandra Roussopoulos fait usage avec humour et sensibilité de ready-made : l’une de ses meilleures formes, qui fait penser à une soucoupe volante, est basée sur le tracé d’une attache en plastique servant à suspendre une paire de ciseaux dans son emballage. Ses découpes biomorphiques en mousse de couleurs vives, les couvertures en plastique très « girly » de ses carnets (le motif op art métallique ferait un tabac dans les lycées) révèlent une collagiste calme, mais intense.Alexandra Roussopoulos est née en 1969. Enfant de la contre-culture, elle a bénéficié d’un rapport privilégié avec l’époque. Ses parents furent un couple phare de l’avant-garde parisienne : Carole Roussopoulos, suisse de naissance, réalisatrice féministe reconnue et militante des causes sociales, Paul Roussopoulos, né grec, militant et physicien, peintre, réalisateur de cerfs-volants architectoniques (ces cerfs-volants, qui n’ont jamais été exposés, je les ai vus un jour dans une chambre de la maison familiale, sur l’île grecque de Spetses : de beaux objets d’une grande lucidité).Petite, Alexandra vivait avec ses parents et son frère Géronimo dans une maison moderniste à plan ouvert dans le XIVe, la même maison où elle travaille et vit aujourd’hui avec ses deux filles adolescentes. Le souvenir du collectif féministe les Insoumuses de Carole Roussopoulos est bien vivant dans cette maison, surtout ces jours-ci, à la lumière des 40 ans de Mai 68. Pour Alexandra, ces collaborations de femmes des années 70, avec leur côté saltimbanque, étaient « joyeuses et optimistes ».L’espace utopique fait irruption partout dans son travail. Les « Espaces Inventés » représentent des murs et des sols désincarnés : pas de fenêtres, de plafonds ni de portes, juste quelques piliers. Je n’y vois pas tant des galeries d’art idéalisées que des espaces tactiles pour bébés à quatre pattes. Les versions illustrées des reliefs d’Alexandra Roussopoulos qui ornent les murs de ces zones sécurisées pour tout-petits font penser à de grands yeux : leur présence omnisciente règne sur un vide rassurant. Ces dessins énigmatiques, illustratifs et néanmoins autonomes, me rappellent les diagrammes tracés avec minutie mais généreusement coloriés par Blinky Palermo pour ses fresques murales et qu’Alexandra Roussopoulos dit « adorer ». Les fresques murales et peintures sur tissus de Palermo, leur rapport à l’architecture et à leur environnement et leur aspect fragmenté, calme, ont aujourd’hui plus que jamais une influence colossale sur les jeunes générations d’artistes, notamment les peintres.Les « Eaux Mouvantes » d’Alexandra Roussopoulos, découpages de toiles peintes, sont des objets souples et solides, qui ne tiennent en rien du bibelot fragile et peuvent être collés au mur ou au sol. Quand on visite son atelier, elle les éparpille par terre, puis les ramasse nonchalamment. (Elle aime à réunir tout son travail dans une seule valise quand elle voyage.) Je perçois à nouveau la fascination pour le process art des années 60 et 70 : les fragiles reliefs muraux de Richard Tuttle, les natures mortes biomorphiques décousues d’Elizabeth Murray, les sculptures en mousse de polyuréthane de Lynda Benglis, qui adhèrent au sol comme un liquide renversé, autant de précédents qui me viennent à l’esprit pour la « flexibilité cool » d’Alexandra Roussopoulos.Les carnets sont des champs privés où se coalisent des armées publiques de formes abstraites. Dans « Frontière » (2006), des fragments de contours de la France sont juxtaposés dans un cadre étroit. (Alexandra Roussopoulos a enseigné les arts plastiques pendant des années dans une école primaire pilote du XIVe arrondissement bobo-intello.) Ce dessin rappelle un exercice, réalisé en classe, qui doit faire réfléchir les enfants à la notion de frontière, nationale ou autre.Même ses titres sont lourds de signification. « C’est quoi l’histoire ? » paraît inoffensif, mais essayez un peu d’y répondre ! « Anguleuse » est un jeu de mot sur « engueuleuse » et fait allusion aux stéréotypes de mégères furibardes des Insoumuses pendant les années 70. « Euclidienne » pourrait être le nom d’un groupe radical de femmes géomètres, dans les années 1790. C’est une synthèse, éclairée par la Révolution française, des principes maternels et paternels de l’artiste.De Claude-Nicholas Ledoux à Tatiana Trouvé, un rêve de géométrie fonctionnelle hante l’art français : pyramides à cheminées fumantes, trapézoïdes brillants d’où pendouillent des câbles électriques... le travail d’Alexandra Roussopoulos s’inscrit dans cette tradition tout en tenant à distance le côté dystopique de la révolution. Les mouvements de libération de son enfance sont restés jeunes, dans un art qu’elle considère comme intrinsèquement « féminin ».Ses « Flaque » me font penser à un souvenir d’histoire de l’art datant de ma propre enfance américaine : un gigantesque tableau de Georgia O’Keeffe, « Sky above Clouds IV » (1965). C’est la plus grande œuvre de l’artiste, si grande, d’ailleurs, (243,8 x 731,5 cm) qu’elle ne sortait pas des locaux de l’Art Institute de Chicago, dans les années 60, quand je grandissais en banlieue de Chicago. Elle s’y trouve encore (le musée a fini par l’acheter en 1983). Sans avoir cette contrainte de taille, les « Flaque » d’Alexandra Roussopoulos se prêtent autant au rêve que l’énorme tableau horizontal de Georgia O’Keeffe, avec ses rangées de formes blanches et neutres s’éloignant selon une progression minutieusement graduée vers un horizon invraisemblablement haut, teinté d’arc-en-ciel. - Brooks Adams Traduit de l’anglais par Maia Nielsen
-  Citations extraites d’entretiens avec l’artiste en mars-mai 2008

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